FRERES DE L’ORDRE DES PRECHEURS
CHAPITRE GENERAL DES PROVINCIAUX

Bogotá – 2007

DISCIPLES ET MISSIONNAIRES DE JÉSUS-CHRIST POUR QU’EN LUI NOS PEUPLES AIENT LA VIE

Par:
SOR CLARA MERCEDES DEL ROSARIO O.P.
MONASTÈRE DE NUESTRA SEÑORA DE LAS GRACIAS DE TORCOROMA
OCAÑA, NORD DE SANTADER - COLOMBIE

 

 

Ière  PARTIE

DANS L’INTIMITE AVEC JÉSUS, NOUS DEVENONS DISCIPLES

Les Evangélistes ont consigné avec beaucoup de précision et avec des nuances différentes la rencontre de Jésus avec les premiers disciples (Mt 4,8-22 ; Mc 1,16-20 ; Lc 1,5-11). Dans cette méditation, je souhaite m’arrêter sur deux textes : Jn 1,35-51 et Mc 3,13-14 :

1.1      FIXANT LES YEUX SUR JÉSUS QUI PASSAIT Jn 1,36

Dans le livre de la Genèse 3,8 nous lisons : « Ils entendirent les pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent à la face de Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin » En Jésus, c’est-à-dire en Dieu qui aime avec un cœur d’homme (Tertio Millennio Adveniente TMA Nº 4) ses pas ne provoquent plus la fuite de l´homme, mais ils font que son regard se tourne vers Lui et le rendent capable de trouver la source de sa pleine réalisation :

« Parce que Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle » (Jn 3,16 ; Mt 9,13; Lc 19,10). 

« Dans l’Histoire d’Amour que nous raconte la Bible, Il vient à notre rencontre jusqu’à la dernière Cène, jusqu’au coeur transpercé sur la Croix, jusqu’aux apparitions du Ressuscité et jusqu’aux grandes œuvres par lesquelles, par l’action des Apôtres, Il a guidé le chemin de l’Eglise naissante. Le Seigneur n’a pas été non plus absent de l’histoire de l’Eglise qui a suivi : il vient toujours à notre rencontre au travers des hommes dans lesquels on trouve son reflet, au travers de sa Parole, dans les Sacrements, spécialement dans l’Eucharistie ». (Deus Caritas Est 17)

Être disciple, qui est le propre du Chrétien, commence lorsque le regard du Christ rencontre le nôtre, lorsque nous avons entendu ses pas qui provoquent un appel qui commence à orienter toute la vie. « Viens », « Suis-moi ». Cet appel du Seigneur n’arrive pas à l’improviste, nous ne l’avons ni prévu ni recherché. Dans l’expérience de chacun d’entre nous, il a été quelque chose d’ imprévisible, devenant une occasion privilégiée que nous n’avons pas voulu laisser passer : « Tu m’as séduit, Yahvé, et je me suis laissé séduire ; tu m’as maîtrisé et tu as été le plus fort » (Jr 20,7).

Chacun d’entre nous, Jésus nous a cherchés et nous a trouvés, il nous a découverts et il a fini par nous inviter à le suivre au rythme des pas de Notre Père Saint Dominique.
Que dans ce Chapitre nous fixions notre regard sur Jésus qui passe et veut pour l’Ordre un temps de grâce. Sentons sa proximité parmi nous au cours de ces journées et, tout en comptant sur son aide, ouvrons-nous à la tâche pour laquelle nous avons été convoqués.

Comme c’est le propre d’un cœur contemplatif, lors de ce Chapitre, fixons notre regard sur Jésus qui passe, entendons ses pas dans l’Eglise, dans la Société, dans l’Ordre, chez les frères et les sœurs qui vivent avec nous, chez tant de pauvres qui, tout en avançant et en portant leurs manques, passent dans le monde sans que personne n’y fasse attention.
Sentons les pas de Jésus chez tant d’anonymes qui veulent être reconnus comme des personnes. Ayons tous le cœur et les yeux de Dominique pour être de vrais disciples.

1.2      VOICI L’AGNEAU DE DIEU (Jn 1,36)

Celui qui passe est Jésus, l’Agneau de Dieu, qui vient à nous, à notre réalité de pécheurs, en touchant notre fragilité, ne nous choisissant pas pour nos qualités personnelles, ni même pas pour nos qualités morales. Le confesser ou le reconnaître comme l’Agneau de Dieu nous aide à découvrir la gratuité de son élection et la célébration joyeuse de notre salut. 

Le Maître qui nous a invités à être ses disciples a passé sa vie au service de ses frères ; il s’est sacrifié pour donner la vie, et la vie en abondance (Jn 10,10).
Le disciple est celui qui finit par partager avec le Maître, en plénitude, la volonté du Père. Dessein d’Amour qui a trouvé dans le Crucifié la plus haute épiphanie de son Amour pour l’homme. « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis » (Jn 15,13).

Les risques et les exigences de la rencontre avec Jésus impliquent pour ses disciples le chemin de la Croix. C’est Lui que nous devons suivre. Il est le Chemin et son style, c’est la Croix : « Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il se renie lui-même, qu’il prenne sa Croix et qu’il me suive. Qui veut sauver sa vie la perdra, mais qui perdra sa vie à cause de moi et à cause de l’Evangile la sauvera ». (Mc 8,34-35).

Nous qui sommes réunis dans ce Chapitre, ne craignons pas la rencontre de Jésus avec la fragilité de chacun d’entre nous, en Lui permettant de nous séduire par la force de sa Pâque, de façon à ce que son don d’Amour sur la Croix nous transfigure et qu’Il puisse, une fois de plus, rendre visibles les merveilles de son Amour, pour bâtir l’Eglise et l’humanité, où le don Dieu est plus fort que notre insuffisance.

1.3       QUE CHERCHEZ-VOUS ?  Jn 1,38

Voilà le premier mot prononcé par Jésus dans l’Évangile de Saint Jean, prononcé depuis la profondeur amoureuse de Dieu ; il fait référence à l’identité propre de Jésus : la Sagesse divine. Sagesse qui veut être cherchée pour être trouvée. « J’aime ceux qui m’aiment et ceux qui me cherchent me trouveront ». (Pr 8,17)

Le disciple est celui qui a trouvé dans le champ de l’Église le trésor qui est Jésus-Christ. Le disciple est le marchand qui cherchait des perles fines et a trouvé la perle de grand prix et est prêt à tout vendre (Mt 13,44.45). Tout vendre, c’est assumer le chemin de la conversion jusqu’à pouvoir dire avec l’Apôtre « Je tiens tout désormais pour désavantageux au prix du gain suréminent qu’est la connaissance du Christ mon Seigneur. Pour lui j’ai accepté de tout perdre et je regarde tout comme déchets, afin de gagner le Christ.  (Ph 3,8)
 
Alors que nous sommes ici réunis, nous constatons la présence de Celui qui, à nouveau, veut nous demander lors de ce Chapitre Général : Que cherchez-vous ? Que la prière, la contemplation de la réalité de l’Ordre, la réflexion et le partage fraternel soient notre réponse à la question de Jésus en ce temps de grâce qu’il a prévu pour la Famille Dominicaine.

Notre fidélité au Seigneur, à l’Église et à l’homme dépendra de la réponse que nous apporterons. Permettons-nous, depuis notre fragilité, de présenter au Seigneur ce que nous cherchons, pour que, dans le binôme de notre petitesse et de la grandeur de son Amour, nous sentions avec l’Apôtre « C’est lorsque je suis faible que je suis fort » (2Cor 12,10).

    • OÙ DEMEURES-TU ?

 « Les renards ont des terriers et les oiseaux du ciel des nids ; mais le Fils de l’Homme n’a pas d’endroit où reposer la tête » (Lc 9,58).

« Dieu, personne ne l’a jamais vu : le Fils unique, qui est dans le sein du Père, nous l’a fait connaître » (Jn 1,18).

Jésus demeure dans le cœur du Père et, tout en y demeurant, Il est enveloppé de l’amour ineffable de l’Esprit Saint. Le disciple, lorsqu’il découvre où demeure Jésus, finit par découvrir l’amour du Père pour tous les hommes et, en se découvrant profondément aimé, fils dans le Fils, il se sent frère de tous les hommes.

Nous qui nous réunissons dans ce Chapitre, nous sommes appelés à revivre l’expérience et l’inquiétude des premiers disciples : « Lorsque deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux » (Mt 18,20). La réponse est donnée, Lui demeure, Il est là, avec nous ; et Il sera la réponse aux réalités qui nous accompagnent, dans la lumière et l’obscurité : Certes cela ne suppose pas de nous sentir satisfaits avec la conviction naïve selon laquelle il existerait une formule magique pour les grands défis de notre temps. Non, ce n’est pas une formule qui nous sauvera, mais une personne : Jésus-Christ et la certitude que Lui nous donne : Je suis avec vous !

Notre Père Saint Dominique est une réponse éloquente à la question qui a été posée à Jésus : lui parlait avec Dieu et de Dieu. Homme de Prière, qui a compris le néant de l’homme et le tout de la Grâce. Il savait que, sans cette force divine qui change les cœurs, la Parole ne sert à rien. Il savait très bien que l’homme relié au Christ est capable d’obtenir cette Grâce, par la Prière et le Sacrifice. C’est que le Dieu de Dominique était un Dieu de PROVIDENCE ET MISÉRICORDE, un DIEU INCARNÉ AVEC LES HOMMES. C’est la raison pour laquelle Dominique n’a pas pu parler avec Dieu sans parler de son peuple, ni parler à son peuple sans parler de son Dieu. Le Dieu de Dominique était le Dieu des Psaumes dans lesquels les auteurs font l’éloge de la présence active et providentielle de Dieu dans l’histoire de son peuple, s’écrient avec ferveur pour demander la Miséricorde Divine pour les péchés.

La vraie prophétie naît de Dieu, de l’amitié avec Lui, de l’écoute attentive de sa Parole dans les différentes circonstances de l’histoire. Le prophète sent brûler en son cœur la passion pour la sainteté de Dieu et, après avoir accueilli la Parole dans le dialogue de la prière, il la proclame avec sa vie, ses lèvres et ses actions, devenant porte-parole de Dieu contre le mal et contre le péché. (Vita Consecrata VC 84)

Avec l’Église nous devons vivre ces années, dans la pédagogie de la sainteté, où il faut un christianisme qui se distingue avant tout par l’art de la PRIÈRE (Novo Millennio Ineunte  NMI Nº32). Combien plus, en fils et filles de Dominique, ne devons-nous nous distinguer par l’art contemplatif, de façon à donner le fruit de notre contemplation aux hommes d’aujourd’hui lorsqu’ils nous demanderont : Où habites-tu ?.

1.5.     VENEZ ET VOYEZ  Jn 1,39

Le disciple qui a accepté le chemin de la conversion reçoit de Jésus l’invitation à habiter avec Lui, à vivre comme un ami et non comme un serviteur (Jn 15,15), à chercher la gloire du Père et le salut des hommes.

« Dans la vie commune, de plus, il faut que, d’une certaine façon, avant d’être un instrument pour remplir une mission donnée, la communion fraternelle soit visible comme un espace théologal dans lequel on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur Ressuscité » (VC Nº42). La vie fraternelle entre nous doit devenir un signe éloquent d’évangélisation pour un monde divisé par les guerres et les discordes.

Nous venons de beaucoup d’endroits de la terre. Nous venons en tant que Famille Dominicaine. Que l’action puissante de l’Esprit Saint nous assiste au long de ces journées, pour que l’Église et l’Ordre existent et soient édifiés par le fruit de ce Chapitre.

Toute action réalisée par l’être humain tend à se détériorer et a fréquemment besoin d’un profond renouvellement. Renouveler, ce n’est pas inventer autre chose, mais recréer la signification profonde qui s’est atténuée, parfois à cause de la routine ou bien par négligence. Lorsque nous disons que nous avons besoin de nous renouveler, nous exprimons le besoin profond de conversion dont nous avons tous besoin.

Les circonstances historiques, complexes et difficiles, dans lesquelles est né ce charisme dominicain, ont fait que Notre Père, lorsqu’il s’est entouré des premières sœurs et des frères, a été un témoignage qui répondait au besoin de revenir à l’Évangile. Les gens ont compris grâce à lui, aux frères et aux moniales, qu’il n’était pas nécessaire de quitter l’Église pour vivre la radicalité de l’Évangile.

    • ILS ALLÈRENT DONC ET RESTÈRENT AUPRÈS DE LUI CE JOUR-LÀ Jn 1,39. 

Il ne suffit pas de voir Jésus. Il faut rester avec Lui et commencer l’expérience du disciple. Il les a appelés pour qu’ils soient avec Lui (Mc 3,13-14).

Commence alors un long processus de formation pour qu’Il leur confie la mission qu’il a reçue lui-même du Père (Jn 20,21). C’est là un élément fondamental de l’expérience chrétienne : trouver Jésus, rester avec lui et ensuite le donner aux autres (NMI 40).

Eux, lorsqu’ils l’ont suivi, lorsqu’ils ont marché sur ses pas, ne lui ont pas demandé : « Maître, que faut-il faire pour obtenir la vie éternelle ? » ou bien « quel est le principal commandement ? ». Ils se sont limités à une simple question : « Où demeures-tu ? ». Ce qu’ils veulent, ce n’est pas savoir quelque chose, mais c’est être avec quelqu’un. Ce quelqu’un c’est « le Verbe qui s’est fait chair et qui a demeuré parmi nous » (Jn 1,14).

Le contact avec la Parole du Père nous mène à connaître tout ce que le Père a à nous dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le » (Mc 9,7).

Nous sommes appelés à être avec lui, à demeurer en lui : « Demeurez en moi comme moi en vous » (Jn 15,4). Si nous demeurons avec lui et en lui, nous avons la vie, la vie pour tous les peuples. « Celui qui a le Fils a la vie » (1Jn 5,12).

Que tous, dans ce Chapitre en tant que disciples de Jésus, nous nous laissions interpeller par lui dans les Ecritures, nous le vivions dans une joie intense dans la liturgie, spécialement dans l’eucharistie et nous nous mettions toujours au service plus spécialement des pauvres et de ceux qui sont dans le besoin, tout en sachant que le meilleur service du frère est l’évangélisation qui le prépare à se réaliser comme fils de Dieu, le libère des injustices et le promeut intégralement (Puebla 1145).

Si nous sommes chrétiens, disciples de Jésus, les autres doivent se rendre compte que nous avons demeuré avec Lui. Notre Père Saint Dominique a su demeurer avec Lui. Il a été un homme éminemment contemplatif et comme tel, il a su sentir avec le cœur du Seigneur, face à la situation de l’Église et l’éloignement de grandes foules de baptisés.

IIème PARTIE

CELUI QUI A VRAIMENT TROUVÉ LE CHRIST NE PEUT LE GARDER POUR SOI, IL DOIT L’ANNONCER

2.1     Où est ton frère ?

Au début de la deuxième partie de cette méditation, je souhaite que nous retournions au livre de la Genèse 4, 9 et que nous partions de cette question : « OÙ EST TON FRÈRE ? ». La réponse de Caïn est la suivante: « Je ne sais pas. Suis-je le gardien de mon frère ? »

L’homme, « en refusant souvent de reconnaître Dieu comme son principe, brise la subordination qu’il doit à sa fin ultime, ainsi que toute son ordination autant pour ce qui concerne sa propre personne que pour ses relations avec les autres et le reste de la création » (Gaudium et Spes nº13).

Où est ton frère ? André a mené Simon Pierre à Jésus. Philippe est avec Nathanaël et l’invite : Viens et vois. Il l’a amené aux pieds de Jésus.

Il n’y a que celui qui a rencontré le Christ et qui est son disciple qui puisse répondre à la question : « Où est ton frère ? »
Être disciple, c’est vivre l’expérience de la communion, de la fraternité, se sentir frère à côté de l’autre et vouloir que d’autres vivent l’expérience de Jésus.

L’Église ne peut être missionnaire si elle ne renouvelle constamment son attitude de se reconnaître comme disciple devant son Maître et Seigneur. Si elle ne revient pas constamment aux pieds du Maître pour être avec lui, pour apprendre de lui et entrer dans une amitié profonde et une communion de vie avec Lui.

Il les appela pour qu’ils demeurent avec Lui puis les envoyer prêcher (Mc 3,13-14).
Lorsqu’il les a envoyés officiellement, il leur a dit : « Allez donc, de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » (Mt 28,19-20).

« L’envoi des disciples survient une fois qu’a été achevé le Mystère Pascal, parce que de lui surgit la mission, dimension qui détermine toute la vie Ecclésiale. Elle est réalisée d’une façon particulière dans la vie consacrée ; on peut dire que la mission est inscrite dans le cœur même de chaque consacré » (VC 25).

Où est ton frère ?

Des groupes entiers de baptisés ont perdu le sens d’une foi vivante et ne se reconnaissent même pas comme des membres de l’Église. Ils mènent une existence éloignée du Christ et de son Évangile. Dans ce cas, il faut une « Nouvelle Évangélisation » ou une « Réévangélisation » (Redemptoris Missio RM 33).

Il y a des baptisés qui n’ont pas fait l’expérience joyeuse de la vie du Christ, de la richesse de la foi, de l’espérance et de la charité chrétienne. Il faut sortir à la rencontre de ceux qui ont soif de Dieu et ne connaissent son visage, que ce soit dans nos pays ou dans des régions écartées de la terre.

L’expérience de la vie nouvelle dans le Christ fait que nous souffrions profondément face à ceux qui ne le connaissent pas, qui sont seuls et comme des orphelins. Cette expérience doit nous faire sortir, conscients d’être envoyés pour trouver sur le chemin beaucoup d’hommes et de femmes, qui sont tombés aux mains des bandits ; dépouillés et frappés, à demi-morts… Le disciple est un missionnaire, un bon Samaritain, qui ne passe pas indifférent devant celui qui est dans le besoin…

Il faut considérer le pauvre avec un regard contemplatif, c’est-à-dire avec le regard de Jésus, nous approcher de lui et le regarder miséricordieusement, bander ses blessures et voir en lui un autre nous-même, le hisser sur notre propre monture et l’amener à l’auberge, en disant alors : « Voilà mon frère ! » Et que dans cette auberge –l’Église- on prenne soin de lui.

Comme j’aime voir en Dominique le Bon Samaritain et lui dire : Dominique, Bon Samaritain ! Lui, Dominique de Guzmán, le contemplatif, part du cœur de Dieu et parcourt les chemins des hommes. Il se trouve face à une réalité qui a une réponse : la Parole de Dieu que l’on annonce et dont on témoigne. C’est là qu’il a trouvé l’inspiration de sa vie et le projet de sa famille de prêcheurs.

Si l’annonce de la Parole n’est pas le fondement, alors on construit en vain. Il n’y a que la Parole de Dieu qui permette au disciple de construire sur le roc. Il en sera de même pour sa mission : elle sera la joyeuse expérience de partager le Christ, Roc ferme.

Pour Dominique, il est très clair que la racine des graves problèmes de l’Église de son temps se trouve dans l’abandon de la prédication ou dans les déficiences de celle-ci.

Le destin de ses frères : ceux qui sont dans l’ignorance et l’erreur, avec toutes les conséquences que cela implique pour la communauté, résonnent comme un appel impératif de l’Évangile dans leur cœur de bon Samaritain.

Les défis lancés à l’Église sont nombreux dans le monde d’aujourd’hui. Dans une attitude de conversion, nous devons reconnaître nos faiblesses lorsqu’il s’agit d’être de vrais disciples et missionnaires.
Les menaces qui se dressent contre la foi et la vie de millions de baptisés doivent encourager notre engagement missionnaire car il faut que tous aient la vie et la vie en abondance (Jn 10,10).

Chacun d’entre nous est la réponse sur les lèvres de Notre Père Saint Dominique. Il a su répondre en partageant avec nous, comme André, Philippe et tant d’autres, le trésor et la perle précieuse qu’il a trouvée.

Il nous a invités, par la douce Parole de Vérité de son cœur et sur ses lèvres, à entrer dans une vie d’obéissance contemplative au service de la Sainte Prédication. Il attend que chacun se sente lié, aujourd’hui comme hier, au destin de tant de frères et de sœurs. Que la docilité à l’Esprit Saint fasse de nous tous, membres de l’Ordre, une réponse à cette question du Seigneur : « Où est ton frère ? »

Il est nécessaire d’être des hérauts de l’espérance dans un monde qui a perdu le nord et qui a oublié la vraie joie, car notre terre se couvre des ombres de la mort. Nos communautés doivent évangéliser, devenir des lieux où l’amour, nourri de la prière et en tant que principe de communion, soit notre logique de vie et notre source de joie.

La mission ordinaire et fondamentale de l’Eglise, n’est-elle pas d’insuffler, au coeur même du temps et du quotidien, la vie nouvelle de l’Esprit, de placer l’Evangile de Jésus-Christ -qui transforme et renouvelle tout- dans le cœur, la pensée et le travail humain ?

Le missionnaire, s’il n’est pas contemplatif, ne peut pas annoncer le Christ d’une façon crédible. Le missionnaire est un témoin de l’expérience de Dieu et doit pouvoir dire, comme les Apôtres : « ce que nous avons contemplé […] la Parole de Vie […], nous vous l’annonçons ». En langage dominicain, cela signifie : « contempler et donner le fruit de notre contemplation » (1Jn 1,1-3).

Que Marie, femme de l’écoute attentive, ouvre nos cœurs et fasse de nous la terre féconde où la Parole de Dieu donne des fruits en abondance. Qu’en nous, comme en elle, la Parole de Dieu secoue nos vies, effleure nos paroles et charge notre sang d’oxygène : ce n’est qu’ainsi que nous pourrons devenir des torches ardentes pour éclairer le monde entier, faisant ainsi honneur à notre vocation et charisme dominicain.

2.2.     Nous, les Moniales, célébrons le 8ème centenaire de notre fondation par Notre Père Saint Dominique…

Les frères et les moniales partageons une longue histoire. Notre fraternité est inscrite au cœur de la vie de l’Ordre depuis 800 ans. En tant que Dominicains, la vérité et la transparence doivent marquer nos relations. Notre lien avec chacun des frères suppose que nous nous fortifions réciproquement. Le service des frères à notre égard doit être celui de nous soutenir dans notre propre responsabilité dans l’Ordre.

Chacun d’entre vous a sa place dans nos cœurs, puisque Dieu et notre Père Saint Dominique nous l’ont confié. Nous prions pour que chacun d’entre vous, dans vos différentes missions, dans vos admirables efforts pour répandre le Royaume, soyez gratifiés par le nombre de personnes que vous amènerez aux pieds du Crucifié. Nous prions pour que vous receviez de lui une vie en abondance pour la gloire du Père.

L’Ordre des Prêcheurs ne grandira que si nous nous soutenons les uns-les autres, nous donnant vie mutuellement, c’est-à-dire que nous devons nous communiquer les uns aux autres le souffle de l’Esprit.

Je vous invite à nous unir durant ces jours de l’année jubilaire de construction fraternelle, et reconnaître tous ensemble la bonté du Seigneur.

En tant que Moniales de l’Ordre, nous sommes reconnaissantes de savoir que le Seigneur s’est glorifié au long de ces VIII siècles d’histoire, car il a fait de nos monastères de véritables viviers de disciples qui diffusent l’amour, dans l’ardeur et le zèle missionnaire de la prière apostolique… L’année jubilaire est un appel à la conversion ; c’est pour cela que nous reconnaissons nos faiblesses et que nous ne voulons pas les nier « pour qu’en nous se manifeste la force du Christ » (2Cor 12,9).

L’histoire humaine, vécue dans l’amitié avec Jésus, ne s’invente pas peu à peu, mais elle se reçoit comme une mémoire vivante : Non pas comme un souvenir du passé que l’on répèterait mécaniquement, mais comme une invitation à la construire dans l’amitié avec Jésus Christ et son Église. Nous y sommes encouragées par la merveilleuse créativité, œuvre de l’Esprit Saint.
Donc, si nous reconsidérons notre vocation et notre mission, nous sommes invités à être davantage avec lui qui est notre chemin, notre vérité et notre vie.

Notre participation à ce Chapitre en cette année jubilaire nous fortifie, parce que nous sommes unis par l’amour du Christ et nous allons avoir la possibilité de « rencontrer les manifestations visibles de l’amour de Dieu qui fait naître en nous le sentiment de joie qui vient de l’expérience de se savoir aimé » (DCE 17).

« Nous avons cru à l’amour de Dieu ; c’est ainsi que le Chrétien peut exprimer l’option fondamentale de sa vie » (DCE 1).

Nous avons cru à l’amour de Dieu au long de ces 800 ans, ayant pour identité profonde la « Sainte Prédication, la sainteté de la prédication ». Entre les mains de Dominique, nous sommes la réponse à la question : « Où est ton frère ? ». Qu’aujourd’hui comme hier, notre réponse cristallise en notre Ordre, un Ordre de Disciples et de Missionnaires de Jésus-Christ, pour qu’en Lui tous les peuples aient la vie.

webmaster@opcolombia.org

Capítulo General 2007 - ORDEN DE PREDICADORES
[Todos los derechos reservados]
Copyright © Frailes de la Orden de Predicadores